Entretien avec Charles Vilgrain : Président du Directoire de AgroGeneration
Le groupe AgroGeneration, spécialisé dans la production de céréales et d’oléagineux en Ukraine, s'introduit sur Alternext pour assurer son développement. Rencontre.
Pouvez-vous nous présenter AgroGeneration ? Quel est votre métier ?
Charles Vilgrain : AgroGeneration est une société que nous avons créée, avec Charles Beigbeder, en 2007. Nous sommes un producteur durable de matières premières agricoles, plus précisément de céréales et d’oléagineux. Nous nous sommes implantés en Ukraine, car l’Ukraine est l’ancien grenier à blé de l’Europe et dispose d’excellentes et d’importantes ressources pour devenir un producteur majeur de matières premières agricoles.
Quel est le potentiel de votre marché ?
C. V. : Le potentiel du marché, et c’est d’ailleurs ce qui a déclenché un peu ce projet, c’est le déficit qui se creuse, et qui va se creuser encore plus, entre la production agricole mondiale et la consommation. La FAO, l’OCDE et un certain nombre d’autres organismes spécialisés, affirment que la production agricole mondiale devra augmenter de 70% d’ici 2050 pour subvenir aux besoins de la population mondiale. Le marché des céréales produites est aujourd’hui d’environ 2,2 milliards de tonnes. Pour répondre à la demande mondiale, il devra augmenter d’environ 1.5 milliard de tonnes dans les 40 ans à venir... Cette progression de la demande s’explique par l’augmentation de la population et surtout la «convergence nutritionnelle», terme scientifique qui signifie que l’évolution des habitudes alimentaires des pays en voie de développement entraîne une augmentation de la consommation de céréales. En effet, les habitants des pays en voie de développement consomment de plus en plus de viande. Or, la production d’un kilo de viande nécessite en moyenne sept kilos de céréales. Enfin, cette augmentation de la demande s’explique également par le développement des utilisations non alimentaires des productions agricoles, comme les biocarburants ou d’autres applications de la chimie verte.
Quel est votre volume de production et en termes de chiffre d’affaires, quelles sont vos performances ?
C. V. : En 2009, nous avons moissonné 20,000 hectares que nous avons cultivés. Notre récolte s’est élevée à 55,000 tonnes de blé, de maïs, d’orge, de colza et de tournesol essentiellement. Notre valeur de production en 2009 représente environ 5.4 millions d’euros.
Je tiens à préciser que nous ne sommes pas propriétaires de la terre. Nous louons nos terres, soit plus de 20,000 hectares en 2009.
Nous avons vocation à croître. Néanmoins, si nous devions rester à isopérimètre, notre production continuerait à augmenter car nous remettons en culture des terres qui n’ont pas été exploitées depuis longtemps. Or il faut deux, trois ou quatre ans pour que ces terres retrouvent leur rythme de croisière en termes de production. Ainsi, les deux ou trois premières années d’exploitation de ces terres, les augmentations de rendement sont très importantes.
Vous réalisez un placement privé de 5 millions d’euros, pourquoi ?
C. V. : Ce montant est le minimum que nous nous sommes fixés. Il nous permettra de financer nos opérations de croissance externe.
Ces opérations auront lieu en Europe de l’est ?
C. V. : En Ukraine, pour l’instant. L’objectif, aujourd’hui, est de passer de 20,000 à 100,000 hectares en Ukraine, à horizon trois-quatre ans et ensuite de nous développer dans d’autres pays, d’abord les pays du pourtour de la Mer Noire, puis dans d’autres continents, comme l’Afrique ou l’Amérique Latine par exemple, d’ici cinq à dix ans.
Au-delà de l’augmentation de capital, quels avantages va vous donner une cotation sur Alternext ?
C. V. : Il y a deux avantages. Tout d’abord, Alternext est un très bon outil pour lever des capitaux. Cela offre une liquidité qui intéresse un public plus large d’investisseurs, bien que nous nous adressions uniquement à des investisseurs qualifiés sur cette opération. Deuxième point, très important pour nous, Alternext nous donnerait la possibilité de payer des acquisitions en partie en titres. Nos interlocuteurs sur ces opérations sont intéressés par cela. Alternext nous permet donc de faire des opérations de croissance externe avec potentiellement moins de cash à sortir.
Quel message délivreriez-vous à nos lecteurs, afin de les convaincre d’investir dans AgroGeneration ?
C. V. : Tout d’abord, c’est un investissement réel. On est dans de l’anti Madoff par excellence, dans des actifs concrets, solides, durables. D’autre part, cet investissement constitue une bonne arme anti-inflation. Les matières premières font partie des premiers secteurs à rebondir en cas d’inflation.
Par ailleurs, nous sommes sur un marché à très fort potentiel, avec un déficit structurel très important. Enfin, AgroGeneration est bien implanté en Ukraine. Nous sommes associés à un partenaire stratégique très important pour nous, Champagne Céréales, la première coopérative céréalière française, présente en Ukraine depuis dix ans, et avec laquelle nous travaillons depuis trois ans. Nous sommes socialement responsables. Nous devrions être à l’équilibre en 2010 et les cash-flows devraient croître de façon très importante dans les années à venir.
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Propos recueillis par Jean-Christophe Rolland