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L'INTERVIEW DE LA SEMAINE

Entretien avec Jean-Pierre Gorgé : Président du conseil d'administration d'Auplata


L'exploitant de mines d'or en Guyane lance une augmentation de capital ainsi qu'une émission obligataire afin de lui donner les moyens d'accélérer son développement. Il revient sur ces opérations et livre son sentiment sur l'évolution du cours de l'or.


Vous lancez une augmentation de capital. Quelles sont les caractéristiques de celle-ci ?

Jean-Pierre Gorgé : Nous avons prévu une augmentation de capital de 3 millions d’euros au prix de 2.93 euros par action, qui représente une dilution minime pour les actionnaires actuels de la société. Cela correspondra à l’émission d’un peu plus d’un million d’actions, alors que nous avons aujourd’hui à peu près 15 millions d’actions en circulation. Nous avons décidé de maintenir le droit préférentiel de souscription et cette émission d’actions, lancée depuis le 21 janvier jusqu’au 15 février, va être complétée par l’attribution gratuite de BSAR (bon de souscription d’actions remboursable). Six BSAR donnent droit à la souscription d’une action  nouvelle au prix de 3.66 euros. L’exercice des BSAR pourra se faire pendant les douze mois à venir et le montant maximum levé – si l’ensemble des BSAR était souscrit – permettrait de lever 10 millions d’euros supplémentaires.

 

Cette opération est accompagnée d’une émission obligataire. Quelles sont les caractéristiques de celle-ci ?

J.-P. G : Nous comptons lever 7 millions d’euros, sous forme de 14,000 obligations de 500 euros. Nous avons trouvé un système intéressant, à la fois pour les souscripteurs et pour l’entreprise, qui consiste à indexer les intérêts de cette obligation sur le cours de l’or. Au cours actuel, nous proposons 8% aux obligataires pour la première année et si les cours de l’or – comme nous l’espérons et comme beaucoup le pensent – progressent, les obligataires pourraient recevoir un coupon allant jusqu’à 12%.

12%, c’est beaucoup d’argent pour l’entreprise, mais si les cours de l’or atteignent par exemple 1,500 voire même 1,800 dollars l’once – ce que certains prédisent et ce qui ne nous paraît pas invraisemblable du tout – la prospérité de la société sera telle que de toute façon, nous pourrons bien payer à nos obligataires un coupon très important.

 

Pourquoi procéder à cette opération ?

J.-P. G. : J’ai pris le contrôle et la présidence d’Auplata il y a maintenant 18 mois pour redresser cette entreprise, qui était dans une situation extrêmement difficile. Auplata a été créée en 2004. Elle a eu un parcours boursier assez flamboyant d’abord, puisque le cours est monté jusqu’à 12 euros et quand j’ai repris la présidence de l’entreprise, il était retombé à 1 euro. La situation était véritablement difficile car il y avait eu des dépenses assez excessives. Il y a eu jusqu’à 250 personnes, la production de l’or avait commencé à décliner, l’entreprise n’était pas en règle avec l’administration en termes d’environnement. Exploiter une mine en France – et à fortiori en Guyane Française – vous soumet à des contraintes extrêmement fortes, beaucoup plus que dans d’autres pays, comme le Brésil voire même l’Amérique du sud ou l’Australie. Je connais bien les aspects réglementaires, pour avoir travaillé dans l’industrie chimique et après avoir eu une expérience du secteur minier. Cela m’a donc paru intéressant d’essayer de redresser la barre de cette société.

C’est ce que nous nous sommes attelés à réaliser. Je pensais qu’il y avait un potentiel à développer grâce à la mise en œuvre d’un nouveau procédé de récupération de l’or. Du fait de mon expérience professionnelle dans l’industrie chimique, j’ai estimé que ce nouveau procédé était tout à fait prometteur. Il consiste à extraire de l’or en utilisant un produit chimique, le thiosulfate de sodium, qui nous permettrait de récupérer non pas 25% ou 30% de l’or que nous broyons et que nous extrayons, mais plus de la moitié ; et en particulier, d’extraire l’or de ce que l’on appelle les tailings qui sont les résidus de l’exploitation de nos mines par gravimétrie. Ces tailings très riches en or  contiennent environ 5 tonnes d’or.Ce procédé innovant nous a d’ailleurs permis d’obtenir le label «entreprise innovante » décerné par Oséo innovation. Ce procédé met en œuvre des produits qui sont sans toxicité, contrairement à d’autres qui sont utilisés dans le secteur minier pour l’extraction de l’or, mais qui ne sont pas encore autorisés en Guyane. Notre pari, c’est d’extraire de l’or par cette voie chimique et de pouvoir le faire en Guyane et avec les autorisations nécessaires. L’administration est au courant des travaux effectués, et notamment des développements sur notre démonstrateur industriel. Ce démonstrateur a montré que le procédé fonctionne. Il a fallu le temps de le mettre au point, mais nous en arrivons désormais au stade où nous avons décidé de construire un atelier industriel qui va nous permettre de récupérer environ la moitié des quatre ou cinq tonnes d’or stockés dans ces tailings.  Le coût de cet atelier sera de l’ordre de 3 à 4 millions d’euros et nous espérons qu’il entrera en service fin 2010, début 2011.

 

Le deuxième point pour lequel nous souhaitons lever des capitaux, c’est pour l’exploration et l’exploitation des nouveaux titres miniers que nous sommes en train d’acquérir. Auplata disposait d’un droit de préemption sur les titres miniers détenus par une société nommée Golden Star Resources Ltd., qui est présente en Guyane française et qui a souhaité quitter la zone. Ces titres miniers sont situés sur des sites déjà connus comme possédant des dépôts d’or assez significatifs. Nous avons exercé notre droit de préemption et nous en sommes actuellement au stade où, sauf si l’administration française s’y opposait, nous allons devenir les détenteurs de ces titres dans les mois qui viennent. Nous  sommes confiants sur le fait que l’administration française ne s’opposera pas au transfert de ces titres. En effet, aujourd’hui Auplata est devenue quasiment la seule société à capitaux français présente en Guyane française et ayant une exploitation conforme aux normes d’environnement imposées par le Code minier et mises en œuvre par l’administration.

Sur les zones couvertes par les nouveaux titres miniers accordés ou en demande, à savoir Paul Isnard, Bon Espoir et Iracoubo Sud, nous allons poursuivre les travaux de prospection déjà entrepris par nos prédécesseurs.  En effet, il faut continuer à investir pour localiser les gisements afin de les délimiter d’une manière précise et préparer l’exploitation ultérieure.

Sur le site de Paul Isanrd, qui est le site le plus connu de Guyane, où des réserves bien connues sont présentes, nous espérons pouvoir reprendre dans un bref délai un début d’exploitation. Nous avons évidemment par ailleurs des besoins industriels, de prospection et de géologie assez coûteux, et également des contraintes administratives de remise en état des sites exploités. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles nous avons une bonne image aujourd’hui vis-à-vis de l’administration française, puisque nous avons évidemment décidé d’être irréprochables sur le plan écologique, et en particulier de faire des remises en état de sites exploités. Nous avons donc créé une pépinière en vue de replanter de façon à reconstituer la forêt telle qu’elle était avant notre passage. Là-dessus, nous pensons pouvoir bénéficier de quelques aides. Je pense qu’il très important de maintenir nos bonnes relations avec l’administration, de mettre aux normes nos usines, en faisant des études d’impact sur l’environnement et, après exploitation, de remettre les choses en l’état.

Auplata n’a pas gagné d’argent jusqu’à maintenant et ma démarche a été simplement d’arriver à un équilibre d’exploitation au niveau des usines, de couvrir nos frais d’exploitation par l’extraction de l’or. Nous y sommes arrivés, aidés en cela par la montée des cours de l’or et par d’importants efforts de gestion des coûts. Mais il est clair que pour gagner de l’argent, il faut faire comme partout dans le monde : utiliser un procédé qui permet d’extraire non pas 25% de l’or contenu, mais au moins la moitié, voire même 80%. D’où notre nouveau procédé, qui devrait nous permettre de devenir très rentables en récupérant une bonne partie de l’or qui est contenu dans nos résidus actuels.

 

Comment jugez-vous le cours actuel de l’once d’or ?

J.-P. G. : J’ai tendance à rejoindre les estimations qui voient une once d’or pouvant atteindre d’ici douze mois 1,500 dollars l’once. Cela ne nous choquerait pas, puisqu’outre la thésaurisation et la bijouterie, les usages industriels sont en croissance. D’ailleurs, lorsqu’on observe le cours de l’or sur une longue période en dollars constants, il n’est pas aujourd’hui à un niveau exceptionnel ou anormalement élevé.

 

Vous considérez donc qu’il a encore un potentiel de hausse important ?

J.-P. G. : Je considère qu’il a un potentiel de hausse. Cela dit, nous, nous travaillons pour être rentable, même avec un cours de l’once d’or qui retomberait de moitié. Avec notre futur procédé d’extraction, nous allons produire de l’or à un coût marginal très intéressant.

 

Quels sont, à plus long terme, vos objectifs pour Auplata ?

J.-P. G. : Nous voulons être la première entreprise minière de Guyane, de manière incontestable, et nous voulons avoir cette image d’entreprise responsable sur le plan social, sur le plan écologique et environnemental.

À plus long terme, au mieux nous deviendrons un mineur de taille moyenne et je pense qu’Auplata intéresse déjà, aujourd’hui, des opérateurs miniers.

 

Un adossement à un plus gros groupe serait donc envisageable ?

J.-P. G. : C’est une éventualité, mais je  travaille avant tout pour que l’entreprise, qui était en grande difficulté il y a quinze ou dix-huit mois, se redresse durablement.

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Propos recueillis par Jean-Christophe Rolland

 

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